Mardi 14 juillet 2009 2 14 /07 /Juil /2009 16:35

Les réponses des nouvelles technologies à la société normative.



Christophe Bareille, in Ali Ergur (dir.), Technocentrisme : promesses et menaces de l'ère informatique, L'Harmattan, 2009, 168 p.



 

Les recherches en sciences de l'information et de la communication s'inscrivent dans une interdiscipline qui accepte divers paradigmes. Lorsque le chercheur étudie les nouvelles technologies, il doit faire le choix d'un objet (ici, les utilisations des nouvelles technologies), d'une méthode (ici, une méthode de type ethnographique) pour construire une théorie qui visera à expliquer un aspect de la société.

 

Cet article cherchera ainsi à répondre à la question suivante : dans quelles mesures les utilisations des nouvelles technologies de l'information et de la communication en général et de l'internet en particulier permettent-elles à des sujets marginalisés, stigmatisés et fragmentés par la société normative de se construire nonobstant en tant qu'entité.

 

Méthodologiquement, cela se traduit par le choix d'un groupe social et « virtuel » particulier : les homosexuels masculins français. Depuis maintenant cinq ans j'observe les comportements et les utilisations d'hommes fréquentant des sites homosexuels. Cette observation stricte prend parfois des tournures d'observation participante voire de participation observante puisque « le chercheur fait nécessairement partie du système qu'il étudie, qu'il travaille ou non dans sa propre culture. »[1] Cela m'a conduit, dans certains cas, à effectuer des entretiens qualitatifs médiatés. Parallèlement, j'ai effectué des entretiens en face-à-face afin d'approfondir les réponses obtenues par l'observation et par les entretiens médiatés.

 

J'aborderai donc cette communication selon trois axes. Tout d'abord, je ferai le point sur les différentes approches sociologiques des usages pour montrer qu'il est plus pertinent de parler d'utilisations. Ensuite, je questionnerai la fragmentation du processus d'identification du sujet au regard des normes sociales et techniques. Enfin, je montrerai en quoi l'utilisation des nouvelles technologies peut contribuer à l'unification et à la construction non schizophrénique du sujet homosexuel.


1. Du mode d'emploi à ce que font effectivement les sujets.

 

Bien souvent, il faut feuilleter, tourner et retourner les pages de ce document avant de trouver celles que l'on cherche dans la langue souhaitée. Document abscons, le mode d'emploi est, pour les concepteurs des outils techniques, et a fortiori des nouveaux outils de communication, l'élément incontournable qui permet de mettre en œuvre toutes les potentialités de la machine.

 

C'est le mode d'emploi qui permet le bon usage ! Il n'existerait pas plusieurs façons de se servir d'un outil technique : il n'y aurait que « deux sortes de gens : ceux qui se servaient bien des appareils et ceux qui s'en servaient mal »[2].

 

Au delà de cette vision technicienne des machines à communiquer, les chercheur-euse-s qui s'inscrivent dans le courant de la sociologie des usages se sont intéressé-e-s aux détournements, contournements, ajustements, substitutions, rejets, réfutant ainsi l'idée selon laquelle ces derniers ne seraient que des erreurs de manipulation, des maladresses de débutant.

 

1.1. De quelques définitions de l'usage.


Il convient tout d'abord de clarifier ce que les recherches en communication entendent par le concept d'usage.

 

« Le terme "usage" a un sens plus général que celui d'utilisation. C'est une activité sociale, une activité que l'ancienneté ou la fréquence rend normale, courante dans une société donnée mais elle n'a pas force de loi, à la différence des mœurs, rites, des « us et coutumes », habitudes de vie auxquelles la plupart des membres d'un groupe social se conforment. »[3]

 

L'usage renvoie donc à l'utilisation d'un média ou d'une technologie, repérable et analysable à travers des pratiques et des représentations spécifiques. L'usage devient ainsi social lorsqu'il est possible d'en saisir - parce qu'il est stabilisé - les conditions sociales d'émergence et les modalités par lesquelles il participe à la définition des identités sociales des sujets.

 

« Nous pouvons parler d'"appropriation" lorsque trois conditions sociales sont réunies. Il s'agit pour l'usager, premièrement, de démontrer un minimum de maîtrise technique et cognitive de l'objet technique. En deuxième lieu, cette maîtrise devra s'intégrer de manière significative et créatrice aux pratiques quotidiennes de l'usager. Troisièmement, l'appropriation ouvre vers des possibilités de détournement, de contournement, de réinvention ou même de participation directe des usagers à la conception des innovations »[4]


1.2. Il est d'usage de...

 

Tout le problème dans l'emploi du terme « usage » tient dans le fait qu'il transforme inévitablement ce que font les gens en ce qu'ils devraient faire. En effet, les recherches en communication s'emploient à définir les usages sociaux, c'est-à-dire « des modes d'utilisation se manifestant avec suffisamment de récurrence et sous forme d'habitudes suffisamment intégrées dans la quotidienneté pour s'insérer et s'imposer dans l'éventail des pratiques culturelles préexistantes, se reproduire et éventuellement résister en tant que pratiques spécifiques à d'autres pratiques concurrentes ou connexes »[5].

 

Cela revient finalement à dire qu'une fois l'utilisation insérée dans la quotidienneté, s'étant imposée dans l'éventail des pratiques culturelles préexistantes, elle se transforme en usage social que l'on pourrait qualifier de figé. Il y aurait donc une norme d'emploi, une façon de faire bien, celle qui s'est progressivement généralisée. Faire autrement serait faire « mal » ; ce qui coïnciderait avec la vision technicienne précédemment développée. Les processus de détournement, d'ajustement, d'adaptation, d'appropriation par les utilisateurs ne seraient donc plus que des erreurs de manipulation, des maladresses puisqu'avec le temps, une nouvelle norme d'usage ce serait imposée, un « bon usage », « le » bon usage.

 

Il est en effet d'usage d'aller sur les chats gays pour draguer, pour faire des rencontres amicales, sexuelles, amoureuses... Mais il n'est pas d'usage de les fréquenter pour faire une recherche universitaire. Ainsi, à l'occasion d'un entretien en ligne avec Virtual-Angel, un jeune internaute isolé, ne vivant qu'à travers son ordinateur mais intéressé par ma recherche, ce dernier me dit : « un garçon qui demande aussi rapidement une rencontre ne le fait pas pour faire la causette... »[6] Je n'avais pourtant que la volonté de le rencontrer en face-à-face et j'utilisais le même outil que mon enquêté pour obtenir ce rendez-vous. C'est une utilisation ! Que devient donc cette dernière ? Une déviance ?

 

Avec le temps long tel que le décrivent, entre autres, G. Lacroix, J. Jouet, B. Miège, P. Moeglin, l'usage d'un chat gay veut que sur celui-ci, certaines pratiques soient de mise, certains discours soient tenus : c'est l'usage... Est-ce cela qui nous en apprend le plus sur ce que font vraiment les internautes sur les chats gay ? Ou est-ce davantage l'utilisation mouvante, changeante, modulable qui le permet ?

 

Le lourd héritage de la sociologie dukheimienne, qui ne vise qu'à dégager des lois, des régularités ne permet pas d'étudier l'aléatoire de la rencontre contemporaine. « Si l'on veut suivre une voie méthodique, il faut établir les premières assises de la science sur un terrain ferme et non un sable mouvant »[7] dit en effet Durkheim dans les règles de la méthode sociologique. Il s'agit donc bien de ne prendre en compte que ce qui est figé, ce qui est déjà fait et non ce qui est en train de se faire. L'étude des usages empêche d'étudier la rencontre, l'ici et le maintenant, le singulier, le contemporain, l'interactivité puisqu'il faut respecter le temps long pour qu'ils soient stabilisés.


1.3. L'utilisation, élément de compréhension des nouvelles technologies.

 

Les recherches sur les usages des nouvelles technologie n'omettent pas pour autant le terme utilisation. Elles lui donnent néanmoins une connotation temporaire et technique dans la relation à l'objet, à la machine. Serge Proulx et Philippe Breton estiment ainsi que « la notion d'"utilisation", elle, renvoie au simple emploi d'une technique dans un face-à-face avec la machine ou le dispositif. »[8] et reprennent l'argumentation de Laurent Thévenot pour qui « la catégorie de l'utilisation relève du cadre ergonomique, elle se situe au point de transaction entre l'utilisateur et le dispositif » tandis que, toujours selon Thévenot, « la catégorie de l'usage relève du cadre sociologique : elle prend en compte le contexte d'ensemble des gestes quotidiens. »[9]

 

L'utilisation serait donc circonscrite au rapport cognitif et physique à l'outil technique, déconnectée du contexte social, quotidien et relationnel à l'autre qu'il soit in situ ou in absenta. Autrement dit, l'intérêt des études sur les nouvelles technologies aujourd'hui ne résideraient apparemment pas dans la compréhension de la rencontre : rencontre entre le sujet et la technique, rencontre entre le corps du sujet et l'outil technique (corporalité, ergonomie, design, etc.), rencontre interactive entre les sujets. Or ce sont bien la rencontre et la co-construction de cette rencontre qui permettent la compréhension de ce que font les sujets des outils techniques et de communication. Ce que fait le sujet n'est pas prédéterminé. Même s'il a un projet, un objectif lorsque qu'il se place devant l'outil, c'est dans la rencontre avec celui-ci que se construit ce qu'il est et ce qu'il fait. C'est dans l'utilisation qu'il en fait et non dans la conformité à l'usage attendu et prescrit.

 

L'exemple de Ric'hochet illustre parfaitement cela. Initialement, ce jeune étudiant n'envisageait pas autre chose, dans l'utilisation de l'internet, que de coller à l'usage : poursuivre la communication initiée en face-à-face. L'outil ne servant finalement qu'à parer à un déséquilibre, ici, la distance. Il explique : « En fait, ça a démarré quand j'étais en licence. Il y a eu un échange d'étudiants entre la Roumanie et la France. On a eu deux étudiants, un mec et une nana roumains, qui sont venus étudier dans notre licence. Et moi, je suis tombé fou amoureux du mec. Il avait déjà quelqu'un, il était très beau... » Ce coup de foudre s'est donc transformé bon gré malgré en amitié : « Le fait est que j'en ai fait mon deuil, que je ne pourrai jamais l'avoir, parce que je respecte grandement l'amour que les gens peuvent avoir entre eux. Et en gros, ça c'est transmuté en une amitié. Et, le seul moyen de garder cette amitié, c'était par internet. [...] Donc, c'est un peu pour ça que j'ai voulu avoir internet chez moi pour pouvoir communiquer avec Georges. Et puis après j'ai plein d'amis qui sont partis à l'autre bout de la France... Donc j'ai eu cet ordinateur. Avec Georges ça a continuité, ça s'est essoufflé, là, j'ai plus de nouvelle... » Jusque là, Ric'hochet n'a fait que faire coïncider son projet avec son utilisation, puis, dans la rencontre avec la technique, dans un contexte social et personnel particulier, son utilisation a évolué : « Et je me suis retrouvé sans personne pendant six mois[...] Et là j'ai commencé à farfouiller. Tu vas sur Lycos, tu tapes « gay » et puis tu tombes soit sur des sites pornos, soit sur des sites un peu plus softs et puis je suis tombé sur un site où il y avait des annonces gay. Je me suis dit, tiens, ben merde, tu te fais chier, t'arrives pas à sortir et donc, j'ai déposé une annonce. » [10]

Finalement la définition de l'usage que donne Serge Proulx et Philippe Breton, à savoir les « utilisations particulières qu'un individu ou un groupe peut faire d'un bien, d'un instrument, d'un objet »[11] n'est finalement pour moi que la définition de l'utilisation à condition qu'elle ne soit pas prédéfinie, prédéterminée et figée dans le temps. L'utilisation s'actualise à chaque fois que l'outil technique est sollicité.

 

2. Normes techniques et normes sociales : les usages ?


Les usages existent bel et bien et je ne remets pas cela en question. Pour autant ces derniers tendent, tels qu'ils sont définis, c'est-à-dire établis et figés, à instaurer la norme. Et ce n'est pas dans le général que l'on comprend le particulier, mais l'inverse : dans le particulier se trouve le général.


2.1. Internet et ses usages.

 

Ce qui frappe de nombreux internautes novices, c'est l'extrême rapidité des échanges, qu'ils soient synchrones ou asynchrones. Les échanges en ligne ne supportent pas l'attente, le délai. Tout doit aller vite : la présentation, l'échange, la rencontre, la consommation. Pour un internaute novice comme pouvait l'être Ric'hochet, c'était trop. Il explique ses premières expériences en ligne ainsi : « Et puis, je me suis intéressé au chat aussi. Et là, j'ai été très rapidement... J'ai peut-être mal choisi aussi parce que je suis tombé sur un ou deux chats où... où bon, déjà ça va vite... Enfin, ça va assez vite je trouve sur un chat, ça vient ça va, ça court dans tous les sens... ».[12]

 

Comme sur les chats, sur les salons de discussion, les internautes non aguerris se laissent vite submerger par le flot de phrases en continu ; phrases bien souvent écrites dans un langage abscons pour un novice : abréviations, allusions à d'autres cessions de chat, etc.. Il est d'ailleurs recommandé dans la nétiquette (l'éthique sur le Net), de prendre le temps (paradoxe) de lire avant de commencer à intervenir. Patrice Flichy note parfaitement cela lorsqu'il dit que « pour devenir un internaute, il faut donc respecter les règles de savoir-vivre ou certaines formes langagières des plus anciens sur le réseau, les universitaires et les chercheurs. [...] La netiquette sera d'ailleurs régulièrement évoquée dans les forums pour rappeler à l'ordre les récalcitrants et renforcer le sentiment d'appartenance au Net »[13]

 

Cela sous-entend bien qu'il faut, après avoir lu et assimilé le mode d'emploi des outils techniques (ordinateur, imprimante, scanner, webcam, etc.), prendre le temps de lire les us et coutumes, l'éthique en ligne. Il faut se plier à la norme, respecter les usages en vigueur.

 

2.2. Du point de vue de la technique.

 

Comme j'ai commencé à le préciser plus haut, il existe un certain nombre de normes techniques liées à l'internet. Il faut aller vite, et donc ne pas se ralentir, notamment dans la frappe, en voulant à tout prix écrire de façon irréprochable. Guillaume Latzko-Thot remarque même, à propos de l'IRC, et cela se vérifie sur le Web, qu'un excès de correction de la langue peut être mal perçu : « écrire sans faute est mal perçu sur IRC : ce gain de précision se fait au détriment de la vitesse de frappe, qui seule compte dans un média qui n'emploie en fin de compte l'écrit que comme véhicule de l'oralité ».[14] Rien n'est censé venir entraver la rapidité de la communication pas même ce que l'on est, ce que l'on a été ou ce que l'on sera.

 

L'anonymat est de mise et cet anonymat est souvent analysé dans les écrits sur les nouvelles technologies, comme un outil qui permet de se défaire de ses traces, de ces marques. Jean-Claude Kaufman ne dit pas autre chose dans l'invention de soi lorsqu'il affirme qu'« une des raisons du succès de ce nouveau média, particulièrement dans les forums de discussion, est justement qu'il est possible à tout individu de se dégager des marques qui le suivent et le précèdent, de se dégager de son histoire (qui tend à décider pour lui, à l'avance, ce qu'il devrait être), pour se présenter aux autres enfin libre de s'inventer »[15] Et là, tout est dit ! Se dégager de ses marques est un moyen de s'inventer ! Je montrerai que la norme technique peut également être un moyen de s'émanciper et donc d'être « enfin soi » d'une part et surtout que cette norme technique, à travers l'étude de type ethnographique des utilisations, est bien souvent transgressé, détourné, adapté d'autre part.


2.3. Du point de vue social.

 

Comme toutes activités humaines, les usages de l'internet sont imaginés par les concepteurs de façon normative et hétérosexuelle. Les rares études qui ont été menées sur les nouvelles socialités engendrées par le média et outil internet n'abordent que la dimension hétérosexuelle des relations en ligne. Ces recherches sont par ailleurs menées par des chercheurs eux-mêmes hétérosexuels qui ne prennent pas le temps de s'interroger sur leur propre identité sexuelle, de genre, de groupe social, d'âge, etc. au regard de leur terrain d'enquête. « Tous ces discours hétérocentristes[16], toutes ces mythologies scientifiques qui font de l'hétérosexualité la norme et le point de vue à parti duquel on pense l'ensemble des situations [...] participent aujourd'hui du processus d'infériorisation de l'homosexualité et contribuent à le perpétuer. »[17]

 

Perpétuer une vision unique, monolithique de la société et donc du contenu en ligne et du type de socialité s'y développant, relève bien de cet esprit de sauvegarde des prébendes universitaires et sociales. Et, ne pas mentionner une part importante des contenus lors d'études sur les relations dites virtuelles c'est faire comme si elles n'existaient pas. C'est par exemple le cas dans l'ouvrage, Le cœur Net, de Pascal Lardellier qui traite des rencontres affectives et sexuelles brèves ou durables qui se développent sur l'internet ou grâce à lui. Bien que concluant sont propos sur des références à Platon et à Queen[18], aucune réflexion, aucune allusion même aux relations homosexuelles n'est faite. Même lorsqu'il dit que « La fidélité est mentionnée - invoquée, même - avec une étonnante récurrence », il termine sa phrase, comme pour ne permettre aucune ouverture, par : « une locution revient comme un leitmotiv dans nombre de fiches féminines : " Hommes mariés s'abstenir... " ».[19] Bien entendu, son étude ne porte que sur les relations entrant « dans la norme » et, à de nombreuses reprises, même lorsqu'il s'agit de relations hommes-femmes, il condamne les écarts à la norme qu'il érige tout au long de son ouvrage. Or, une réflexion poussée et ouverte sur les relations homosexuelles aurait montré qu'il y bien souvent un écart entre le dire et le faire. Contrairement aux nombreux écrits qui affirment que l'homosexualité n'est qu'une luxure, une recherche de plaisir, l'étude ethnographique - ici, en ligne -, montre que la recherche de la fidélité n'est pas une prérogative féminine et hétérosexuelle. Nombreux sont les homosexuels masculins à rechercher, dans l'absolu, une relation monogame exclusive. Pour autant, cela ne veut pas dire que la fidélité se soit accrue ou ait diminué avec les relations en ligne ou naissant en ligne. C'est plutôt la définition de la fidélité qui s'en est trouvé modifiée. Si l'internaute flirte en ligne, et donc, virtuellement, alors, il ne se considère pas comme infidèle à son compagnon.

 

A l'heure d'une meilleure reconnaissance de l'homosexualité dans la société (adoption de la loi sur le PACS, de la loi sur la pénalisation des propos homophobes) et de l'amorce d'un débat sur l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe et de l'adoption par des couples homosexuels, le normatif refait surface avec plus de force, notamment dans les discours militants et associatifs. Tandis que les années 1970 étaient celles des revendications à la liberté sexuelle et affective, à la transgression des normes sociales en la matière, les années 2000 sont celles qui voient les discours homosexuels se « re-normaliser » : il faut être « comme tout le monde », « de bons pères de famille », « de bonnes mœurs » afin de rassurer et d'obtenir de nouveaux acquis.

 

Dans ces conditions, il est difficile, voire impossible de revendiquer d'autres formes de vie, de couple, de gestion de relations affectives et sexuelles : polyamour, infidélité, célibat, etc. Et cela se ressent en ligne. En quelques années, les recherches ont changé : les recherches sur le Minitel étaient utilitaristes et mettaient en avant les rencontres sexuelles, tandis qu'aujourd'hui les recherches des internautes sont orientées vers le couple, la fidélité, la stabilité. Ce sont là les recherches clairement affichées sur une majorité de profils des internautes.

 

Dans le même temps, « L'individualisation a pour conséquence logique de briser les repères collectifs ; la société devient plus ouverte et chacun souhaite définir lui-même sa morale et sa vérité. Mais au-delà de ce principe abstrait de liberté, l'angoisse monte à mesure que les repères deviennent moins visibles et contraignants. J'avais personnellement vérifié ce fait dans une enquête menée sur la plage, formellement espace de la liberté, sorte de laboratoire avancé de la modernité. Or l'activité principale des estivants était de construire secrètement des normes de comportement [Kaufmann, 1995]. Quand chacun peut faire ce qu'il veut, il devient encore plus essentiel d'avoir une idée de ce qui peut être considéré comme normal. »[20] Mais chacun ne peut pas faire ce qu'il veut et comme il veut. Contrairement à ce qu'affirme J.-C. Kaufmann, la capacité de faire ce que l'on veut est réservée à ceux qui font « comme tout le monde », c'est-à-dire à ceux qui respectent la norme. Les autres sont rappelés à l'ordre. C'est ainsi que Le Prince du Sud raconte la publicisation de ses premiers émois : « Je suis sorti avec des filles, comme plein de mecs homos qui sont sortis avec des filles pour euh... pallier aux rumeurs, ce genre de trucs débiles. Et le pire, c'est que je suis sorti avec des filles aussi après avoir dit à ces gens là que j'étais homo, parce que plein de personnes dans le groupe ne me croyais pas. Plein de filles étaient en train de me dire, mais non Abdel, il faut que tu essaies, il faut que tu essais, il faut que tu essaies. »[21]. Hors de la norme point de salut...

 

3. Si Internet était l'internet, point de norme ?


Il faut revenir au terme qui désigne le réseau des réseaux pour comprendre les discours pessimistes qui circulent à son propos. Internet est l'abréviation de « International Network ». La question qui se pose est celle de la majuscule qui lui est accolée : I. Pourquoi parlé d'Internet avec un I majuscule plutôt que de l'internet ? Cette sacralisation du terme, comme s'il s'agissait d'un Dieu post-moderne, y est sans doute pour beaucoup dans la mythologie qui entoure l'outil, le média, le réseau. Ne dit-on pas d'ailleurs que l'on est adepte d'Internet ? D'adepte à accro, la frontière peut paraître infime. Pour autant, la pratique régulière, voire quelque peu abusive[22] de l'internet conduit-elle à la schizophrénie, à la fragmentation du processus d'identification du sujet sous prétexte, entre autres, qu'il y a la possibilité d'expérimenter plusieurs identités ?

 

3.1. Sacré Internet : la schizophrènisation du sujet, un mythe ?


L'avènement d'une nouvelle technologie, qui plus est quand elle est de communication, suscite toujours des discours alarmistes et utopistes qui s'affrontent point par point. Les nouvelles technologies de l'information et de la communication en général et l'internet en particulier n'ont pas échappé à cette règle. Dans la lignée de MacLuhan, Philippe Quéau ou Pierre Levy, entre autres, voient dans ce nouvel outil, un eldorado qui permettra, à terme, de résoudre tous les problèmes sociaux, tous les dysfonctionnements que connaissent nos sociétés modernes, ou post-modernes pour certain-e-s. La réalisation du prophétique « village global » serait sur le point de se réaliser, selon eux. Mais c'est sans compter qu'il s'agit là d'une vision occidentalo-centrée. Toutes et tous interconnecté-e-s, nous serions en mesure de communiquer plus et donc mieux. Mais c'est mélanger circulation de l'information et communication réussie. Par ailleurs, ces fondamentalistes des réseaux ne disent rien, ou quasiment rien sur le contenu de ces échanges, sur ce qu'ils peuvent permettre de créer, de susciter, de pérenniser. A la lecture de leurs travaux, il est possible de retenir que selon eux, un « monde merveilleux » s'offre à nous puisque ce seront nos intellects qui seront interconnectés et qu'ainsi nous pourrons nous débarrasser de nos divers handicaps réels ou fantasmés : apparence physique disgracieuse, âge avancé, marqueur social, etc.

 

Mais cette vision de la relation à l'autre suppose que la rencontre in situ n'ait jamais lieu, que les interactants se contentent de relations à distance, médiatées par ordinateur. Figé devant son ordinateur, l'internaute est alors, selon des chercheur-euse-s plus pessimistes, confronté à une « communication sans visage, sans chair [qui] favorise les identités multiples, la fragmentation du sujet engagé dans une série de rencontres virtuelles pour lesquelles il endosse à chaque fois un nom différent, voire un âge, un sexe, une profession choisis selon les circonstances. »[23] Evidemment, la tentation est très grande d'expérimenter les différentes possibilités techniques et sociales lorsque l'on se trouve confronter à un élément nouveau - objet technique, média, moyen de rencontre, etc. - dans son cadre de vie. Savoir ce que cela fait si l'on clique ici, si l'on se présente comme ceci ou comme cela. Mais cette phase presqu'incontournable laisse vite la place à des stratégies d'utilisation qui répondent à la question : que puis-je faire avec cet outil qui me soit utile, plaisant ou distrayant.

 

L'étude ethnographique que j'ai menée en ligne durant cinq ans sur les utilisations de l'internet par des homosexuels masculins montre que la rencontre est un des objectifs majeurs de l'utilisation de l'internet, que cette dernière soit amicale, affective, amoureuse, sexuelle ou... indéterminée. C'est donc qu'il faut considérer l'internet et l'outil informatique comme un moyen et non comme une fin en soi.

 

Certes, l'utilisation de l'outil peut aboutir dans des cas extrêmes à un repli sur soi, comme le note le psychanalyste Michel Civin : « Le cyberespace peut être utilisé comme un vecteur d'insularité, de repli et de déconnexion » mais, ce même auteur précise tout de même que l'utilisation de l'internet peut également « faciliter la relation au cœur d'une expérience paranoïde du monde. »[24] Evidemment, considérer que l'utilisation des nouvelles technologies permet de transcender sa propre schizophrénie sociale grâce à une relation virtuelle n'a rien de très encourageant. Cela sous-entendrait-il que tous les internautes sont des schizophrènes paranoïdes en puissance ? Nous sommes là en plein mythe ! Faire de quelques cas pathologiques isolés au regard du nombre croissant d'internautes une généralité ne fait pas avancer la réflexion.

 

Partir d'un groupe minoritaire et marginalisé m'a permis de mettre au jour le fait que le point de départ de la réflexion ne doit pas se situer sur les possibilités ou les usages de la machine, mais sur les utilisations qui en sont faites au regard de la situation et des vécus des sujets de ce groupe dans la société. Ainsi, il faut savoir que « les adolescents homosexuels ou bisexuels ne bénéficient pas spontanément du support d'aînés ou de mentors qui ont connu la même situation. [...] Pour nombre de jeunes qui se découvrent homosexuels, l'isolement est total. »[25] Il n'est ici nullement question de jeunes qui sont isolés du fait de l'utilisation de nouvelles technologies ou qui s'isolent volontairement derrière leur ordinateur, mais de jeunes homosexuels ou bisexuels qui sont isolés dans la société du seul fait de leur orientation sexuelle, autrement dit, du seul fait de ce qu'ils sont. Si « Internet facilite une forme d'interaction qui, d'un côté, paraît largement contribuer à la sociabilité et au rapprochement et, de l'autre, semble promouvoir l'isolement, le retrait, l'autoprotection, l'asociabilité ou, au mieux, une forme partielle de sociabilité »[26], alors, que faut-il privilégier ? Cela renvoie à cette notion de stratégies dont je parlais plus haut. L'isolement n'est pas le simple fait de rester seul devant son écran d'ordinateur ! Il est tout à fait possible d'être constamment entouré et de se sentir isolé. Que dire de tous ces hommes qui ne peuvent vivre pleinement ce qu'ils sont au vu et au su de tous ? Certes, ils ont une vie sociale, parfois riche, amicale, professionnelle, familiale, mais dans une sorte de mensonge isolant. Sont-ils pour autant schizophrènes lorsqu'ils se créent un espace de liberté via l'outil informatique et via les réseaux électroniques ? Ou bien sont-ils eux-mêmes en ligne en refusant leur schizophrènisation par la société normative ?


3.2. Quelles réponse ? : Les utilisations !

 

Que faire face à une société qui impose lourdement ces normes sociales et sanctionne, moralement plus que judiciairement ou légalement les « déviances » à ces normes ? La lecture attentive des recherches historiques et philosophiques sur les homosexualités donne des pistes intéressantes. Ainsi, Didier Eribon, dans la lignée de Michel Foucault, explique l'importance des cercles concentriques des amitiés : « La sociabilité gay - ou lesbienne - se fonde d'abord et avant tout sur une pratique et sur une " politique " de l'amitié : il faut chercher à nouer des contacts, rencontrer des gens qui vont devenir des amis et constituer peu à peu un cercle de relations choisies. »[27] Il poursuit son analyse en pointant l'importance des lieux de socialité : « L'on comprend dès lors l'importance décisive de ces lieux dont on sait qu'ils ont pour principale fonction de rendre possible les rencontres (et par conséquent la nécessité des guides qui en indiquent pour les nouveaux « arrivants » l'existence et l'emplacement). »[28] Or, comme je l'ai expliqué plus haut en m'appuyant sur l'étude de Michel Dorais, les nouveaux arrivants en général et plus précisément les jeunes homosexuels, n'obtiennent pas spontanément l'aide de leurs aîné-e-s pour s'orienter dans ce « nouveau monde ».

 

Considérant donc que « le mode de vie homosexuel est fondé sur les cercles concentriques des amitiés ou sur la tentative toujours recommencée de créer de tels réseaux et de nouer de telles amitiés »[29], tous les moyens, tous les outils disponibles ou « inventables » par détournement des usages prescrits et co-construction d'utilisations nouvelles, seront mis en œuvre afin de converger vers la création de cette famille d'adoption qui permettra aux sujets homosexuels de se construire dans un processus d'identification non schizophrénique.

 

Ainsi, même si l'exemple de Ric'hochet peut venir restreindre cette réflexion lorsqu'il dit qu'avec l'utilisation de l'ordinateur et de l'internet « c'est une sorte de dédoublement de personnalité : il y a Axel, celui avec qui tu as parlé hier après midi, et Axel/Ric'hochet, celui qui ose " provoquer " via la sécurité, toute relative, que lui procure l'outil informatique. »[30], il reconnaît que le fait de pouvoir être ce qu'il est n'est possible que lorsqu'il se sent en sécurité, sans la pression des normes sociales, sans la pression des usages. C'est ainsi que lors d'un entretien en ligne avec lui, je fus surpris par son audace comparativement à sa timidité en face-à-face. Je lui fis part de mon étonnement et il me répondit : « la limite de cette provocation est l'ordinateur en lui même : dès qu'il y a contact physique, dans mon cas, je ne peux pas dire ou assumer ce que j'écris, c'est-à-dire que dans le réel, je ne t'aurais jamais dit que ce que j'ai écrit. »[31] Cela ne veut pas dire pour autant que lorsqu'il est en ligne ou en face-à-face, Ric'hochet ment. Simplement, il se permet des remarques, des réflexions, des questions qu'il n'aurait jamais pu faire ou avoir de visu.

 

Le fait d'être plus direct, plus cru, plus désinhibé en ligne, ne veut pas nécessairement dire que l'on franchi la frontière entre vérité et mensonge. « Je n'ai certes pas ma langue dans ma poche, et je suis très réactif. Mais la discussion que j'entretiens ne va jamais dans un sens qui me met en position de menteur, ou d'inventeur »[32] dit par exemple Le Prince du Sud. Ces deux exemples mis bout à bout me permettent d'avancer que se comporter en ligne différemment de ce que l'on dit et fait en face-à-face ne veut pas dire que l'on se crée différentes personnalités. C'est surtout un moyen de pouvoir être ce que l'on ne peut pas être dans la société hétérosexuelle avec ses règles, ses usages, ses us et coutumes, ses normes.

 

Conclusion

 

Au terme de cette réflexion, il faut donc retenir que ce sont les utilisations des nouvelles technologies et donc la rencontre à chaque fois renouvelée avec l'outil technique, avec l'autre, qui permettent de rendre compte des nouvelles socialités en ligne ; l'usage ne permettant finalement que d'appréhender les utilisations en pointant les contournements, les détournements qui en sont faits lors du processus d'appropriation.

 

La norme, pour ne pas dire l'injonction à la « normalité », ne permet que difficilement au sujet homosexuel de vivre pleinement ce qu'il est avant d'avoir, préalablement fait un chemin d'acceptation de soi plus ou moins long.

 

Les nouvelles technologies de la communication, permettent, en apparence, une négociation entre le besoin de rencontrer d'autres soi (d'autres homosexuels) et la nécessité que ressentent beaucoup, au moins dans les premiers temps, de rester anonyme, tout en pouvant être ce qu'ils sont sans être obligé de se construire une identité schizophrénique dans la société.

 

Je terminerai sur cette affirmation : ce ne sont pas les utilisations des nouvelles technologies de l'information et de la communication qui rendent le sujet schizophrénique et par la même qui contribuent à la fragmentation de son processus d'identification mais l'inverse, à savoir la société ultra-normative qui renforce la schizophrénie des sujets appartenant à des groupes minoritaires pour ne pas dire minorisés qui se reconstruisent à travers différents moyens qu'ils co-construisent dans la rencontre.

 

 

 


Bibliographie


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WINKIN, Y., Anthropologie de la communication, Ed. Seuil, Coll. Point, 2001.

 


 


Notes


[1] Winkin, Y., Anthropologie de la communication, Ed. Seuil, Coll. Point, 2001, p.89.

[2] Perriault, J., La logique de l'usage, Essai sur les machines à communiquer, Ed. Flammarion, 1989, p. 14

[3] Le Coadic Y., Usagers et usages de l'information, Collection 128, Nathan Université,1997, p. 19

[4] Proulx, S. et Breton Ph., L'explosion de la communication à l'aube du 21ème siècle, Ed. La Découverte, Coll. Sciences et société, Paris, 2002, pp. 255/256.

[5] Lacroix, J.-G., " Entrez dans l'univers merveilleux de Videoway ", in De la télématique aux autoroutes électroniques. Le grand projet reconduit, sous la direction de J.-G. Lacroix et G. Tremblay, Sainte-Foy : Presse de l'Université du Quebec, Grenoble : PUG, 1994, pp. 137-162.

[6] Entretien en ligne (chat de http://www.citegay.com) avec Virtual-Angel le 07/08/2002.

[7] Durkheim E., Les règles de la méthode sociologique, Ed. Flammarion, 1998, p. 139.

[8] Proulx, S. et Breton Ph., L'explosion de la communication à l'aube du 21ème siècle, Ed. La Découverte, Coll. Sciences et société, Paris, 2002, pp. 255/256.

[9] Idem, p. 257.

[10]Entretien en face-à-face avec Ric'hochet, chez lui, le 22 juin 2002.

[11] Proulx, S. et Breton Ph., L'explosion de la communication à l'aube du 21ème siècle, Ed. La Découverte, Coll. Sciences et société, Paris, 2002, pp. 256/257.

[12] Entretien en face-à-face avec Ric'hochet, chez lui, le 22 juin 2002.

[13] Flichy P., L'imaginaire d'Internet, Ed. La découverte, Coll. Sciences et société, Paris, 2001, p. 124.

[14] Latzko-Toth, G., A la rencontre des tribus IRC, Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Montréal, 1998, p. 44 pour la version PDF (consultable sur : http://commposite.uqam.ca/theses/tribirc).

[15] Kaufmann, J.-C., L'invention de soi, Une théorie de l'identité, Ed. Armand Colin, Coll. Individu et société, 2004, p. 24.

[16] Terme signifiant que tout est pensé en fonction d'une vision hétérosexuelle du monde et de la société et que tout ce qui ne rejoint pas cette vision n'existe pas.

[17] Eribon, D., Réflexions sur la question gay, Ed. Fayard, 1999, p. 124.

[18] Le chanteur du groupe de musique pop Queen, Freddy Mercury, était bisexuel et les textes de ses chansons font de nombreuses références à l'homosexualité.

[19] Lardellier, P., Le Cœur Net, Ed. Belin, Paris, 2004, p. 97.

[20] Kaufmann, J.-C., L'invention de soi, Une théorie de l'identité, Ed. Armand Colin, Coll. Individu et société, 2004, p. 323.

[21] Entretien en face-à-face avec Le Prince du Sud, chez lui, le 03/10/2002.

[22] Encore faudrait-il s'entendre sur ce que pourrait-être une pratique abusive : comment la quantifier, qui pourrait définir les critères de ces quantifications, etc.

[23] Breton, Ph., Le culte de l'Internet, Paris, Ed. La découverte, 2000, p. 70.

[24] Civin, M., Psychanalyse du Net, Ed. Hachette littérature, 2002, p. 68.

[25] Dorais, M., Mort ou Fif, La face cachée du suicide chez les garçons, Ed. Vlb, Montréal, 2001, p .85.

[26] Civin, M., Psychanalyse du Net, Ed. Hachette littérature, 2002, pp. 191-192.

[27] Eribon, D., Réflexions sur la question gay, Ed. Fayard, 1999, p. 43.

[28] Idem, p. 44.

[29] Idem, p. 45.

[30] Entretien en ligne (MSN) avec Ric'hochet, le 23 juin 2002.

[31] Idem.

[32] Entretien MSN avec Le Prince du Sud, le 08/10/2002.

Par Christophe - Publié dans : Articles scientifiques
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